
En Auvergne, on conseillait au XVIIIe siècle, aux jeunes gens soucieux de
séduire, de prendre de la moelle dans le pied gauche d’un loup et d’en faire
une pommade à faire respirer à la jeune fille souhaitée. Chaque respiration
augmenterait son amour ! En Limousin, au cours des bals, le danseur pouvait
placer dans le sabot de sa cavalière et à son insu (ou la cavalière dans le
sabot du cavalier) une tige de l’herbe dite du Saint-Sacrement : les deux
jeunes gens ne pourraient dès lors plus se quitter.
Autres solutions : saupoudrer l’épaule du veston du jeune homme aimé, sans
qu’il s’en aperçoive, d’une pincée de «poudre de chauve-souris» (cendres
d’une chauve-souris incinérée par les bons soins d’une «sorcière» de
village) ; ou bien cueillir une feuille de lierre sans la regarder, la
placer sur le cœur du garçon quelques instants, puis la rapporter chez soi
et la glisser sous son oreiller...
On pouvait aussi écrire sur un petit papier Aumus Porte aunnus bretingué,
l’entourer de beurre et le faire avaler quand le soleil est couché à
l’aimé(e)... mais sans qu’il soit découvert et recraché, c’est là toute la
difficulté !
Dans le Berry, c’est plus simple : la jeune fille doit simplement faire
manger au garçon un morceau de galette dans laquelle elle a mis du fil,
symbole du lien qui va désormais les attacher. Encore plus simple : dans les
Pyrénées, le garçon doit inscrire le prénom de la demoiselle sur trois
feuilles de laurier et parvenir à les glisser en secret sous son oreiller.
La recette du Petit Albert
Le Petit Albert était un livre de sorcellerie que l’on utilisait parfois
dans les campagnes autrefois.
Pour se faire aimer d’une personne précise, il donnait aux jeunes gens les
conseils suivants :
«Vivez chastement, au moins pendant cinq ou six jours, et le septième, qui
sera le vendredi, si faire se peut, mangez et buvez des aliments de nature
chaude, qui vous excitent à l’amour, et quand vous vous sentirez dans cet
état, tâchez d’avoir une conversation familière avec l’objet de votre
passion et faites en sorte qu’elle puisse vous regarder fixement, vous et
elle, seulement l’espace d’un Ave Maria ; car les rayons visuels, se
rencontrant mutuellement, seront de si puissants véhicules de l’amour,
qu’ils pénétreront jusqu’au cœur, et la plus grande fierté et la plus grande
insensibilité ne pourront leur résister.
Il est assez difficile de convaincre une jeune fille qui a de la pudeur de
regarder fixement un jeune homme durant quelque espace de temps, mais on la
pourra obliger à cela, en lui disant, en badinant, qu’on a appris un secret
à deviner par les yeux, si l’on doit être bientôt mariée, ou si l’on vivra
longtemps, si l’on sera heureuse dans son mariage, ou quelque chose autre
semblable qui flatte la curiosité de la personne, et qui la fasse résoudre à
regarder fixement».